La Grèce, révélateur de l’Europe
Que la faillite financière de la Grèce soit le révélateur de la faillite politique de l’Europe, ou du moins, de cette Europe, est d’une force symbolique incroyable pour ceux qui aiment à deviner, derrière les événements du temps, les permanences de l’histoire. La formule du politique est presque toute entière sortie de la matrice grecque au temps des cités et des Dieux, et voici qu’à vingt siècles de distance, c’est encore en Grèce que l’on voit, de manière exemplaire, l’agonie du politique sous le joug de la morale marchande.
L’Europe est un rêve, c’est aussi une nécessité impérieuse pour les nations et les peuples qui la composent, la seule qui puisse leur permettre de rester au premier rang de l’histoire des hommes. Cette Europe de la puissance, et donc de l’indépendance, n’est pas l’Europe qu’on nous a faite et qui nous défait. C’est cette Europe de la soumission, qui use pourtant à tout propos et à tous les sens du mot de solidarité, qui s’éloigne aujourd’hui du cadavre grec comme on fuit une charogne contagieuse, prouvant une fois encore l’hypocrisie congénitale du système marchand mondialiste. Or, qu’est-ce qu’une solidarité qui ne s’exerce pas quand l’autre est dans le malheur ? Qu’est ce qu’une Europe qui se rétracte au gré des mauvais vents ? Une fausse Europe. Une Europe de Potemkine, celle d’une façade où l’on a accroché une enseigne en grosses lettres, mais derrière laquelle décident des hommes qui servent des firmes, des trusts, des sociétés, bref, des intérêts au sens le plus cru du mot, des hommes qui n’ont rien de politique et qui ne sont que des acteurs au service de forces qui ne s’épanouissent bien que dans un monde sans frontières, dans un monde où les lois sont faites pour planifier le pillage des uns et organiser l’exploitation des autres. On le voit avec les OGM, désormais imposés par cette Europe. On le voit avec Monsanto. On le voit partout, tous les jours et à chaque minute. Cette Europe là, c’est le monde de Carthage, celle de l’or et des esclaves. Chez les Puniques, on sacrifiait chaque année à Baal-Hamon la fleur de sa jeunesse ; l’Europe de Bruxelles, elle, y ajoute ses paysans, ses ouvriers, ses marins…
Disons-le en tant que Français et aussi en tant qu’Européens, la Grèce doit être sauvée. On a bien sauvé les banquiers ! Pourquoi ne sauverait-on pas de temps en temps aussi les citoyens ? On a bien annulé la dette des pays africains ! Pourquoi n’annulerait-on pas celle d’un pays européen ? On nous dira : ce sont des paroles, dans la pratique, que peut-on faire ? Eh bien, tout simplement, on peut agir. Ce mot n’est pas qu’un verbe, il est le moteur même du politique.
.
Agir, c’est d’abord vouloir créer une vraie Europe. Une Europe avec des frontières, avec son grand marché intérieur de consommateurs et de producteurs, avec une réserve unique au monde, de cerveaux, d’ingénieurs, de cadres, d’ouvriers qualifiés…. Une Europe, ensuite, qui aurait de la force. La force de ne plus être le supplétif de l’armée américaine, que ce soit en Afghanistan ou dans les pays Baltes, dont l’armée de l’air française surveillait naguère l’espace aérien au bénéfice de l’OTAN américain.
Une Europe politique, enfin. C’est-à-dire débarrassée de tous les vieux partis, sociaux démocrates ou conservateurs, qui ne voient l’Europe que comme le domaine d’extension de leurs prévarications et de leurs appétits.
Mais la Grèce ne sera pas sauvée… Elle ne sera pas davantage engloutie au mois de mai. Les milieux financiers d’Allemagne et d’ailleurs y remédieront au dernier moment. La faillite grecque, c’est, en ce moment, encore un moyen de jouer à la baisse, quand tout le monde ne joue plus. L’Allemagne a bien profité pour ses exportations de cet euro qui vacille. Elle finira par sauver la Grèce parce que c’est son intérêt. Et la Grèce payera tout aussi cher d’être sauvée que d’être engloutie.
La Grèce a besoin de l’Europe. Mais la vraie Europe a besoin de la Grèce car l’Europe a besoin de chacune de ses nations. L’Europe politique que nous voulons, avec l’indispensable pouvoir régalien qui l’accompagnera, est seule en mesure de sauver la France, de la protéger pour lui conserver son identité, préserver ce qui reste de sa richesse et lui recréer un avenir qui soit un avenir de vie.
Certes, il serait doux et flatteur à notre esprit français de revenir au vieux rêve de Louis XIV ou de Napoléon d’une Europe qui serait la nôtre. Rêve puéril… Comment pourrait-on faire une Europe française quand la France ne l’est presque déjà plus ? Ces temps là sont à jamais enfouis dans le passé au même titre que Sparte et Athènes pour la Grèce. A la « France seule » des nationalistes d’il y a un siècle doit répondre l’écho de « L’Europe unie » de ce millénaire. Notre communauté de civilisation, de culture, de peuples, est une communauté de destin. Ou l’Europe ou bien l’asservissement à la thalassocratie américaine, à l’empire chinois. Ou l’Europe ou bien la dissolution rapide sous le flux migratoire des peuples du sud.





Chargement ...



